Jeudi Saint

Comment les disciples de Jésus ont-ils vécu cette soirée si particulière ? L’évangile de Mathieu donne la part belle aux paroles de Jésus, bien sûr !
Mais les disciples ? Que savons-nous d’eux, de ce qu’ils ont vécu ?

Qu’ils ont tout préparé comme Jésus leur avait dit de le faire. Qu’à la nouvelle, que l’un d’entre eux allait trahir Jésus, ils ont été profondément attristés.

Qu’ils se sont tous mis à dire : « Serait-ce-moi, seigneur ? »  Autrement dit, qu’ils se sont tous, d’une manière ou d’une autre, sentis concernés ; pas seulement Judas qui savait ce qu’il faisait… 
Comme si Jésus avait mis le doigt sur une fragilité que chacun ressentait au fond de lui. Puis les disciples ont entendu les paroles de Jésus et ont reçu de lui le pain (c’est mon corps) et la coupe (c’est mon sang).  Et là, l’évangile ne nous dit rien de la réaction des disciples. Mais c’est comme si leur silence criait ! 
Comme s’il criait l’incompréhension, le trouble profond, un état de choc.

Et comment pourrait-il en être autrement ? Nous connaissons si bien ces paroles de l’institution de la sainte cène, que nous en oublions la violence ! 
Mon corps ! Mon sang ! Mais pour ceux qui les ont entendues la toute première fois, imaginez ! Et le contraste entre ces paroles terriblement inquiétantes, et le repas de fête, fête de la Pâque, souvenir de la sortie d’Égypte ! Un repas pour célébrer le dieu libérateur, le dieu de Moïse, le dieu du long chemin vers le pays promis…

Je ne peux pas concevoir les disciples, parlant joyeusement de la pluie et du beau temps. J’imagine plutôt une ambiance plombée, chacun plongé dans une sorte d’introspection : Où suis-je ? Quel est le sens de tout cela ?Pourtant le texte nous dit qu’ils ont chanté les psaumes, comme il se doit ! 
Ça n’a pas dû être facile, après « l’un de vous va me livrer », et après « je ne boirai plus de ce fruit de la vigne », même si Jésus a aussi dit que le jour viendrait, de le boire avec lui dans le Royaume de son Père. Les promesses d’un futur incertain n’aident pas beaucoup, quand on est en pleine tourmente ! Et ce n’est pas fini ! Jésus ajoute une dernière couche : « Vous allez tous tomber. Les brebis seront dispersées. Le berger sera frappé. » Nous connaissons la réaction de Pierre, son sursaut de fierté. Mais l’Évangile de Mathieu ajoute que tous les disciples se joignirent à Pierre pour s’offrir de mourir avec lui plutôt que de le renier. Les voilà donc passés du « serait-ce moi ? » au « je ne te renierai pas ! »; d’une certaine ouverture à se remettre en question, à une crispation absolue, au refus d’entendre des mots maintenant perçus comme blessants. Les voici surtout dans le déni de ce qui va arriver.  Ils ont rencontré leur propre limite, comme nous rencontrons la nôtre, tôt ou tard. Ils ne seront pas des héros. lis n’aideront pas le Christ dans ce qu’il est venu accomplir. Au contraire, dans leurs faiblesses, dans leur désarroi, ils seront les premiers à profiter de ce qu’il va accomplir. Car c’est pour eux qu’il fait cela. Pour eux et pour nous. Ce qui, du point de vue des disciples, paraît un échec, sera en fin de compte le signe de la grâce, du pardon, de l’accueil en Jésus-Christ, qui lui seul a affronté la mort, qui l’a vaincue et qui nous en a libérés.

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