BRÈVE HISTOIRE DES EPIDEMIES

Nicole Vray- Mai 2020

Quelques dates en occident
du Proche-Orient ancien à nos jours.
L’objectif de ces pages, loin d’être une étude exhaustive de l’histoire des épidémies en occident, offre un survol d’événements datés, donnant un aspect de cette histoire.
Pour aller plus loin dans cette étude, de bonnes bibliographies existent, accessibles au grand public, comme également des études universitaires, outre les ouvrages d’histoire généraux, par pays ou par villes, pour replacer les épidémies dans leur contexte.

Nul parmi nous, de notre génération, n’avait jamais connu pareille épidémie (étymologiquement, cette maladie s’abat « sur le peuple »), devenue pandémie (l’épidémie touche « tout le peuple »), et cependant l’Histoire en compte de bien nombreuses.
Dans la Haute Antiquité en occident, les épidémies les plus connues nous viennent du Proche-Orient ancien. Ces maladies généralisées, non soignées et semant la terreur, suivaient un seul traitement, que nous connaissons aujourd’hui pour nous-mêmes : si les nomades étaient pourchassés, confusément accusés de transmettre la maladie, par leurs bêtes ou par eux-mêmes, les urbains étaient confinés dans les habitations, les villes fermées, avec interdiction de se déplacer en ville, ou de choisir de s’éloigner et partir dans « sa villa ».
L’épidémie était alors imputée à un mauvais comportement des êtres humains, car l’unique relation aux divinités étant l’obéissance, toute « désobéissance » induisait une sanction : depuis une maladie du bétail ou des hommes jusqu’à une guerre, ou la mort.
Toute épidémie faisait de nombreuses victimes, le terme « pandémie » n’existant pas. Le monde en effet se résumait alors à l’immense territoire qui s’étendait de l’Indus à la Méditerranée, des confins de l’Anatolie à l’Égypte, sans frontières, le centre du monde étant la Babylonie et, plus précisément, Babylone.
Aux premiers siècles de notre ère, la « peste » (étymologiquement du latin « pestis » signifiant « fléau »), terme générique pour toutes maladies contagieuses envahissantes, va atteindre le sud de l’Europe. Ainsi notamment Athènes au IVe siècle ou Constantinople au VIe siècle vont-elles subir la catastrophe.
Rien ne pouvant arrêter l’épidémie, dans l’ignorance de l’origine de la maladie, seuls le confinement et la mort mettaient un terme final à la catastrophe.
La deuxième période en Histoire, le Moyen Age, pour voir évoluer son sens de la géographie, n’en sera pas pour autant plus efficace pour traiter des épidémies. Pour faire bref, le centre du monde alors est devenu l’Europe, s’élargissant progressivement vers l’est et l’ouest, par le biais des conquêtes.
Sans néanmoins être totalement épargnés, ponctuellement pays et régions sont infectés de maladies qui durent plus ou moins longtemps. Le VIIIe siècle sera touché, et dans le bassin méditerranéen, notamment à Tunis, Louis IX mourra de la peste en 1270.
Le souvenir reste vivace de la Grande Peste, ou Peste noire, qui a envahi l’Europe entière au XIVe siècle, son qualificatif « noire » venant du terme italien « sinistro » qui signifie « lugubre, sombre » et mal traduit par « noir ».


La maladie, partie d’Asie centrale, se répand en Chine et en Inde et, par les routes commerciales maritimes, arrive à Gênes puis Marseille en 1347, véhiculée par des rats infestés. Dès lors l’épidémie va se propager dans tous les pays, inexorablement avec des années particulièrement meurtries tout au long de ce siècle.
Comme auparavant, nul remède n’est connu, le confinement toujours appliqué en 1383 à Dubrovnik, Venise en 1423 avec l’institution de la quarantaine. Sans doute ce chiffre a-t-il été choisi en mémoire des 40 jours du Déluge, ou des 40 années de traversée du désert de Moïse, ou des 40 jours d’isolement de Jésus.
Cette quarantaine se passait dans des « lazarets », du nom de saint Lazare qui protégeait les lépreux, installés hors des villes, voire sur une île à proximité sur le pourtour méditerranéen. Une administration rigoureuse surveillait et contrôlait les bateaux et les hommes qui se retrouvaient ainsi enfermés dans ces lieux clos.
Dans les villes, isolées par des cordons de soldats, sont sanctionnés ceux qui tentent de s’échapper, appliquant la formule fuis vite, loin et reviens tard. Les famines, les disettes, la mal nutrition, le manque d’hygiène, les aléas climatiques aggravent encore l’état des malades, accablent les classes sociales les plus défavorisées. Les médecins sont impuissants, qui portent une canne pour éviter tout contact, vêtus de leur ample manteau et le visage recouvert d’un masque au long bec d’oiseau empli d’épices et de plantes censés éloigner les miasmes de la maladie.
Si la médecine s’avère inefficace, la religion est invoquée. Des processions sont organisées pour implorer le secours divin, mais qui ne font qu’accélérer le processus de l’épidémie. Aux XIVe et XVe siècles des coupables seront tout trouvés, responsables de ces épidémies, les juifs qui vont subir persécutions et pogroms.
A l’époque moderne, du XVIe au XVIIIe siècles, les épidémie ne sont toujours pas éradiquées qui poursuivent leurs interminables ravages qui compteront des centaines de milliers de morts.
A Londres la peste, qui sévit par périodes tout ce siècle, culmine particulièrement en 1665-1666, responsable de la disparition du quart de la population, et fera naître, sous la plume du médecin Gideon Harvey, la première occurrence du terme de « pandémie ».
Le XVIIIe siècle ne sera pas non plus épargné. Parmi d’autres maladies, la variole, dès le XVIIe siècle, fera de nombreuses victimes. Ce mal qui peut être bénin, peut aussi s’avérer foudroyant et plusieurs phases d’épidémies ponctueront le XVIIIe siècle en Europe. En 1774 Louis XV en sera une des victimes, mort de « petite vérole ».
Marseille à son tour sera la proie d’épidémies et, port important, la ville en devient une cible. Avec le Grand Saint Antoine, ce bateau arrivé à Marseille en 1720, mal contrôlé, les rats échappés transmettront une nouvelle épidémie de peste qui verra mourir la moitié de la population de la ville phocéenne.
A l’époque contemporaine, au XIXe siècle d’autres fléaux vont s’abattre sur l’Europe, notamment le choléra, originaire d’Inde et propagé dans toute l’Europe dès 1823.
A Paris, touché en 1832, se produit alors le miracle de la médaille miraculeuse. En effet auprès des Filles de la Charité, rue du Bac, une jeune religieuse, Catherine Labouré, se voit remettre en songe la mission de répandre le culte de l’Immaculée Conception grâce à une médaille. Aussitôt frappée et distribuée cette médaille s’avèrera « miraculeuse » car guérissant des malades atteints du choléra.
Cette épidémie se propageant partout, Marseille en 1834 et bientôt toute la Provence seront atteintes. Malgré les efforts déployés par médecins et édiles qui décrètent l’ouverture de bureaux sanitaires et de « bienfaisance publique », près de 1000 morts sont déjà comptés en quelques semaines. Et comme à Paris l’espoir renaît dans les processions dédiées à Notre-Dame-de-la-Garde.
Après quelques mois de répit l’épidémie reprend, début juillet 1835 à Toulon. C’est alors un exode massif des habitants, dans les campagnes alentour ou sur les plages. Dans la ville comme dans les cimetières les inhumations ne peuvent plus être assurées et, à la fin du même mois, près de la moitié de la population avait succombé.
Les périodes de pandémie de choléra endeuilleront l’Europe tout au long du XIXe siècle, outre les épidémies qui, pour être épisodiques n’en étaient pas moins redoutables, comme celle de la rougeole, de la typhoïde ou de la diphtérie, le sinistre « croup ».
Au XXe siècle, en 1918 alors que la Première Guerre mondiale sévit encore, la grippe dite « espagnole » va frapper l’Europe, entraînant son cortège de victimes. En réalité « américaine », partie du Kansas en mars 1918, cette grippe est ainsi nommée parce que révélée par des journaux espagnols qui eux-mêmes la qualifiaient « d’européenne ». De juin à novembre, après les États-Unis, toute l’Europe de l’ouest était touchée, suivant les routes empruntées par les soldats, et comptait déjà des milliers de morts.
La pandémie qui connaîtra trois vagues successives (avril-août 1918, septembre-novembre 1918 et février-mars 1919) ne sera définitivement terminée qu’en juillet 1919.


50 millions de morts seront déclarés, quand le chiffre plus probable serait de 100 millions, au dernier bilan d’études suisses de novembre 2018 publié par l’Office fédéral de la statistique.
En 1957-1958 une autre épidémie frappe des provinces chinoises, une grippe dite « asiatique » qui d’épidémie se transformera en pandémie en
atteignant en quelques mois les États-Unis puis l’Europe. Une attention particulière ne sera pas accordée à cette catastrophe qui pourtant faisait plus d’un million de morts dans le monde, dont plus de 30 000 en France.
Il en sera de même pour la grippe de Hong Kong en 1968-1970, souvent confondue avec la précédente. Également apparue d’abord en Chine en février 1968, la maladie mortelle se propagera via le Japon, l’Asie du sud-est, l’Australie, puis les États-Unis sans doute véhiculée par les Marines américains revenant de la guerre au Vietnam. La pandémie atteindra ensuite l’Europe début 1969.


Le sinistre bilan général d’un million de morts, quand la France en comptera 30 000, ne paraîtra qu’en 2003 dans les études d’Antoine Flahault épidémiologiste, aujourd’hui professeur de santé publique à l’Université de Genève.
Enfin la grippe « porcine », venue du Mexique en 2009, envahissait le monde. Toutefois des études publiées en 2012 annonceront un chiffre général de morts, situé entre 15O OOO et 580 000, témoignant d’une moindre virulence de cette pandémie.
Depuis, les progrès scientifiques, la collaboration internationale entre chercheurs et médecins, paraît avoir procuré sécurité et certitudes. Néanmoins depuis décembre 2019 jusqu’à aujourd’hui, une nouvelle pandémie est apparue, du coronavirus, originaire de Chine et propagée dans le monde entier.
Nouveau virus, nouvel ennemi à combattre par la communauté internationale scientifique. Nouvelles guérisons et réussites à venir, mais comme par le passé, nulle autre pandémie n’est à exclure.
Par la force de l’avancée de leur savoir, de leurs expériences et de leur détermination, les chercheurs ne cesseront de tracer le chemin de la survie et de l’espoir, et tous les soignants de tous niveaux d’aider et soutenir les patients.

Aujourd’hui, si la science est écoutée et la religion conservée dans la sphère du privé, tout au long des siècles la question reste-t-elle sans doute d’étudier le rôle de l’homme. S’agirait-il des conséquences de ses actes et de son comportement dans sa recherche incessante du progrès technique et de la rapidité, de son souhait irrépressible de maîtriser la nature par sa seule force, voire de concurrencer les dieux ? Depuis les mythes babyloniens jusqu’à nos jours.

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